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Les mesures préventives en santé mises en place en Wallonie

  • Anne Laffut
  • 14 nov. 2025
  • 9 min de lecture

  • Question écrite du 14/11/2025
    • de LAFFUT Anne

    • à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale

    Si on se penche sur les mesures de prévention en santé prises par les pouvoirs publics, celles-ci étant principalement organisées par les entités fédérées, on constate une disparité régionale importante entre Flandre et Wallonie, toujours en défaveur de cette dernière.



    Les taux de vaccination sont tous supérieurs dans le nord du pays : rougeole 2 doses 89,2 % contre 51,1 % en Wallonie, alors que l'objectif dans les trois régions est de 95 % ; HPV 2 doses filles, 84,3 % contre 50,2 % ; HPV 2 doses garçons, 77,3 % contre 45,4 % ; grippe + de 65 ans, 65 % contre 45,4 % alors que l'objectif de l'OMS est de 75 %.



    En matière de dépistage du cancer, même constat : cancer du sein, le plus fréquent chez la femme, dépistage à 65,8 % contre 49,2 % en Wallonie, bien en deçà des 75 % recommandés ; cancer colorectal, troisième cancer le plus fréquent dans les deux sexes, 66 % contre 33 % alors que le taux souhaitable est de 65 %. À noter, pour le cancer du col de l'utérus, un pourcentage similaire d'environ 52 % dans toutes les régions du pays, en deçà des 70 % jugés acceptables dans les directives européennes.



    Contacts réguliers avec un dentiste : le taux de fréquentation régulière d'un cabinet dentaire était plus élevé en Flandre (58 %) qu'en Wallonie (49 %).



    Enfin, concernant la mortalité évitable, qui désigne les décès prématurés qui auraient pu être évités par des interventions de santé publique et de prévention primaire efficaces en agissant sur des facteurs connus pour influencer le risque de développer des problèmes de santé (comme le tabagisme, la pollution, les conditions de vie, la consommation excessive d'alcool, l'alimentation, etc.) ou en prenant des mesures préventives contre les maladies infectieuses (comme la vaccination, la promotion de mesures visant à éviter la propagation des maladies, etc.), il existe, ici aussi, de nettes différences régionales, avec des taux plus élevés en Wallonie et à Bruxelles et des chiffres nettement inférieurs en Flandre.



    Ces chiffres, qui datent de 2020-2021 (source : Vers une Belgique en bonne santé www.belgium.be), mènent tous au même constat : retards de la Wallonie par rapport à la Flandre et retards par rapport aux recommandations fixées par l'Europe ou l'OMS.



    Dispose-t-on aujourd'hui de données actualisées en matière de mesures de prévention prises par la Région ?



    Les retards, par rapport à la Flandre et par rapport aux recommandations des organismes de santé publique, sont-ils comblés, ou en passe de l'être ?


    Dans quels domaines ?



    Quelles mesures en la matière M. le Ministre compte-t-il mettre en œuvre durant cette législature ?


  • Réponse du 12/12/2025
    • de COPPIETERS Yves

    La prévention en santé publique constitue un pilier fondamental pour réduire la mortalité évitable et améliorer la qualité de vie de nos concitoyens. Elle repose sur des interventions telles que la vaccination, le dépistage des cancers et la promotion des comportements favorables à la santé (alimentation équilibrée, activité physique, réduction du tabagisme et de la consommation d’alcool). Ces mesures permettent de prévenir l’apparition de maladies chroniques et infectieuses, et contribuent à la soutenabilité des systèmes de soins.



    Les données disponibles pour la période 2020-2021 mettaient en évidence un retard significatif de la Wallonie par rapport à la Flandre et aux recommandations internationales, avec des chiffres relatifs à la vaccination de la rougeole (2 doses) à 51,1 % en Wallonie contre 89,2 % en Flandre (objectif OMS : 95 %) ; la vaccination HPV (2 doses) : filles 50,2 % vs 84,3 % ; garçons 45,4 % vs 77,3 % ; la vaccination grippe (+65 ans) : 45,4 % vs 65 % (objectif OMS : 75 %).



    Sur ce point vaccination (celle de la rougeole et du HPV), il s’agit d’une compétence partagée entre la FWB et la RW, qui sont respectivement responsables de la vaccination de l’enfant et de l’adulte. Je peux toutefois dire que selon l’enquête de couverture vaccinale 2022-2023 contre le HPV menée par l’ONE en Fédération Wallonie-Bruxelles (https://www.ccref.org/e-vax/pdf/ECV_2022-2023_HPV_Resume.pdf) une augmentation progressive de cette vaccination est observée pour atteindre 59,7 % d’élèves vaccinés pour la 1re dose et 52,4 % pour la 2e dose du vaccin HPV. La médecine scolaire intervient dans plus de 80 % de ces chiffres.



    Pour la vaccination RRO (Rougeole - Rubéole – Oreillons) : couverture vaccinale pour la 2e dose de la vaccination contre RRO chez les élèves de 2e secondaire en 2022-2023 en FWB est de 69,0 %. Elle varie légèrement chez les filles (70,1 %) et les garçons (67,9 %) (https://www.ccref.org/e-vax/pdf/ECV_2022-2023_HPV_Resume.pdf).



    Sur le site web de l’AViQ, l’onglet « rougeole » est particulièrement bien fourni, dans le cadre de la recrudescence et des clusters wallons de 2024. S’y retrouvent des infos destinées aux citoyens (triptyques en différentes langues, affiches) qu’il est possible de télécharger en version numérique ou de commander en version papier. On y retrouve également des informations pour les professionnels (arbres décisionnels de prise en charge, fiche pour les prélèvements, fiche Sciensano, webinaire).



    Au-delà de la rougeole, le guide la vaccination pour l’adulte est revu chaque mois : Vaccination | AViQ. Il s’agit d’un résumé des avis du CSS, plutôt destiné aux professionnels de la santé, mais en libre accès. La version du mois prochain citera plus explicitement la vaccination du voyage en ce qui concerne la rougeole.



    Ensuite, au sujet de la vaccination contre la grippe, 131 686 vaccins ont été administrés entre le 23/09/2025 et le 17/11/2025 en Région wallonne. Lors de la campagne 2024 (en octobre et novembre), environ 145 000 vaccins de grippe ont été administrés pour Bruxelles, la Wallonie et la Communauté germanophone, principalement à des seniors. Je profite de cette occasion qu’une campagne de communication est en cours. Elle rappelle l’intérêt des gestes barrières, l’intérêt de la vaccination.



    À noter que Vaccicard est en cours de finalisation d’intégration chez les éditeurs de logiciels pour médecins généralistes. Cela représente une belle avancée dans le suivi du statut vaccinal pour l’ensemble de la population. Il est donc important de signaler que nous disposerons de chiffres toujours plus précis à partir de 2026.



    Plus ciblé sur le citoyen, le site vaccination-info.be parle de la rougeole dans ses actus, et plus particulièrement de la rougeole importée d’un séjour de l’étranger. En effet, c’est de plus en plus souvent le cas, la recrudescence de la rougeole étant mondiale. Actuellement, dans nos 9 cas confirmés de rougeole, 5 cas proviennent d’un séjour à l’étranger (Actu rougeole : https://www.vaccination-info.be/etes-vous-en-ordre-de-vaccination-rougeole-pour-votre-voyage/).



    Ensuite, concernant les taux de participation aux différents programmes de dépistages organisés (sein, colorectal et col de l’utérus) :



    Concernant le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus, en Région wallonne, le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus vient tout juste de voir le jour. Cependant, malgré l’absence jusque-là de ce dépistage organisé, il est important de rappeler l’existence d’un dépistage opportuniste réalisé par les gynécologues, la couverture reste, certes, insuffisante : elle était de 62 % en 2023 (https://kankerregister.org/fr/publicaties/indicateurs-evaluation-du-depistage-du-cancer-du-col-de-luterus-2020-2023-wallonie), avec une baisse notable chez les femmes de 60 à 64 ans (environ 40 %). Cette situation explique la persistance d’une incidence préoccupante : 641 nouveaux cas de cancers invasifs du col de l’utérus et 164 décès ont été enregistrés en 2021. En Wallonie, on estime à environ 220, le nombre de nouveaux cas invasifs chaque année, auxquels s’ajoutent près de 1 800 cas de cancer in situ. L’âge moyen au diagnostic est de 55 ans et le taux de survie à cinq ans est de 69 %, malgré l’existence d’un dépistage (opportuniste) efficace (https://kankerregister.org/fr/publicaties/indicateurs-evaluation-du-depistage-du-cancer-du-col-de-luterus-2020-2023-wallonie).



    Ces données confirment l’importance d’un programme organisé pour augmenter la couverture et atteindre les femmes qui ne participent pas spontanément au dépistage opportuniste. Ce programme vise à réduire la mortalité par cancer du col de l’utérus grâce à une détection plus précoce des lésions. Il s’inscrit dans une approche de promotion de la santé qui prend en compte les inégalités sociales et les obstacles à l’accès aux soins.



    Depuis janvier 2025, un programme de dépistage organisé du cancer du col de l’utérus existe en Wallonie. Le Centre de Coordination et de Référence pour le dépistage des cancers (CCRef) en assure la mise en œuvre. Ce programme répond à un enjeu majeur de santé publique : en Belgique, le cancer du col de l’utérus reste encore trop fréquent et trop souvent diagnostiqué tardivement, alors qu’il pourrait être évité dans la majorité des cas grâce à la vaccination et au dépistage régulier et organisé. Pourtant, la couverture actuelle demeure insuffisante et de nombreuses femmes ignorent encore l’existence même de ce dépistage.



    L’envoi des différentes invitations du public cible a débuté en novembre 2025 et sera organisé de façon mensuelle et régulière à partir de janvier 2026. Le public qui a reçu le courrier d’invitation en 2025 est le public qui n’a pas participé à ce dépistage depuis plus de 6 ans, voire jamais.


    Les invitations mensuelles seront envoyées à partir de janvier 2026 à toutes les femmes qui ont fait ce dépistage 3 ans auparavant.


    Tous ces courriers sont une invitation à participer à ce dépistage ou un rappel à le faire périodiquement. Un dépliant explicatif est toujours annexé au courrier d’invitation.



    Le programme de dépistage prévoit :


    - l’invitation systématique des femmes éligibles (hors exclusions médicales) ;


    - des actions de sensibilisation en cas de non-participation ;


    - le suivi (fail-safe : les tests de suivi après un test de dépistage anormal sont essentiels dans la mise en place du dépistage du cancer. Sur base des données d’enregistrement, le BCR dresse une liste annuelle des personnes pour qui aucun suivi n’a encore été enregistré. Sur cette base, les organismes régionaux de dépistage, comme le CCREF, peuvent rappeler aux personnes concernées et à leurs médecins les conseils de suivi) des résultats positifs ;


    - la gestion et la mise à disposition sécurisée des résultats (via RSW, eHealthBox, eBox) ;


    - l’évaluation régulière de l’efficacité du programme ;


    - la communication renforcée vers les publics cibles et vers les professionnels de la santé.



    Afin de soutenir ce programme de santé publique, et conformément aux missions fixées par l’Arrêté du Gouvernement wallon relatif aux programmes de médecine préventive de lutte contre les cancers (25/01/2024), le CCRef, avec le soutien méthodologique et opérationnel de Question Santé ASBL, développe une campagne de communication multicanal visant :


    * à court terme : informer les femmes de 25 à 64 ans de l’importance de ce dépistage afin d’augmenter la participation générale des femmes audit dépistage ;


    * à moyen terme : sensibiliser à la nécessité d’instaurer une habitude de dépistage régulier, même en l’absence de symptômes ;


    * à long terme : contribuer à la diminution des inégalités sociales de santé en rendant cette prévention accessible en Wallonie pour toutes les femmes de 25 à 64 ans en partenariat avec des acteurs locaux plus proches de ces publics.



    Cette campagne audiovisuelle sera diffusée largement à partir de mai 2026. En outre, certains outils seront traduits en plusieurs langues (disponibles via le site web du CCREF), les messages simplifiés et illustrés pour être compris par toutes, y compris celles qui rencontrent des difficultés de lecture. Plus largement, cette campagne mènera aussi à une sensibilisation et des actions vers les professionnelles de santé concernées, qui viendront en soutien à la campagne audiovisuelle des publics cibles. Cette démarche sera soutenue par le CCRef et d’autres acteurs tels que l’INAMI, Sciensano, l’ASBL PSMG et les associations de médecins concernées.



    Un projet d’autoprélèvement sera également initié en 2026 pour évaluer la faisabilité et la réponse à ce dépistage en s’adressant à des sous-groupes de la population plus isolés ou pratiquant moins le milieu médical conventionnel.



    Ensuite, pour le cancer du sein, la couverture totale par mammographie (examen diagnostique dans le dépistage opportuniste + dépistage organisé) en Wallonie en 2023 atteint 51,3 %, ce qui reste effectivement en dessous des objectifs, mais une réflexion est en cours afin d’identifier les pistes d’amélioration possible. Le soutien à la mise en place d’un dispositif de Mammobus en province de Luxembourg vise à améliorer l’accessibilité du dépistage sur ce territoire rural.



    Concernant le dépistage du cancer colorectal, la couverture en Wallonie par test de recherche de sang dans les selles en 2023 est de 26,1 % (test iFOBT), et la couverture en Wallonie du dépistage par coloscopie a significativement augmenté en 2023-24, avec 34,5 %. La couverture totale (iFOBT au cours des deux dernières années + coloscopies au cours des 10 dernières années) atteint 50,6 % en Région wallonne.



    Au sujet des mesures préventives liées au tabac, à l’alcool, à l’alimentation…, je rappelle l’existence du référentiel wallon le Plan WaPPS, et je rappelle surtout les activités que les ASBL financées dans le cadre des axes 1.1, 1.2 et 2.1, respectivement dédiés à l’alimentation saine, à la lutte contre le tabagisme, à la lutte contre les usages addictifs, dans le Plan WaPPS ; on retrouve dans ces activités, la Campagne Ensemble vers un nouveau souffle, la ligne TabacStop, la ligne Aide et Alcool, la campagne Tournée Minérale, entre autres.



    En effet, concernant le nombre de fumeurs en RW, fort est de constater que la Wallonie accuse un certain retard. Rappelons que le tabagisme est très lié à un gradient social, ce qui semble d’ailleurs être moins le cas dans le cas de la cigarette électronique. Des aides sont d’ailleurs mises à disposition pour aider les fumeurs dans leur désir d’arrêt de leur consommation, comme le remboursement des consultations de tabacologie. Un travail est d’ailleurs en cours afin que le tiers payant puisse être appliqué à ces consultations.


    Concernant l’alcool, il ne semble pas y avoir de grosses disparités entre les régions (https://www.belgiqueenbonnesante.be/fr/etat-de-sante/determinants-de-sante/consommation-d-alcool), mais là aussi, des actions sont menées et seront même renforcées grâce au lancement de projets sur la thématique alcool, principalement pour les plus jeunes !



    Enfin, concernant la vaccination contre le HPV, la double casquette ne fonctionne pas pour la vaccination pédiatrique, puisqu’un autre ministre en a la charge. Or, la vaccination HPV est d’autant plus efficace qu’elle est réalisée jeune, avant tout contact avec les sérotypes concernés d’HPV. Pour rappel, le CSS recommande une vaccination entre 9 et 14 ans, il s’agit donc de la compétence de l’ONE. Pour rappel de l’historique, seules les jeunes filles étaient concernées au départ et l’ONE a effectivement élargi également aux garçons, ce qui est une excellente idée ! actuellement, la vaccination gratuite proposée en 2e secondaire à toutes les filles ET à tous les garçons a l’avantage de mettre en place une immunité de groupe. Pour les adultes, il s’agit surtout d’une vaccination de niche, avec seulement certains groupes concernés, il est donc plus complexe de mettre en place cette immunité de groupe.



    Pour rappel, les groupes adultes concernés sont limités quand même à des hommes jeunes :


    * Jeunes femmes et hommes (15-26 ans) : la vaccination contre le HPV peut être proposée à titre individuel, en tenant compte du fait que la protection concernera uniquement les types HPV vaccinaux non encore acquis.


    * Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) : également 15-26 ans.


    * Patients transplantés et personnes infectées par le VIH : dans ces groupes, le risque de maladies dues aux HPV est plus élevé que dans la population générale.



    Si on le fait en tant que mineur, il y a également un avantage dans le nombre de doses (2 doses à la place de 3 pour l’adulte) : gain de temps, de compliance et avantage financier.

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