L’impact de la nouvelle stratégie de développement économique sur le territoire de la province de Luxembourg
- Anne Laffut
- 26 nov. 2025
- 4 min de lecture

Question écrite du 26/11/2025
de LAFFUT Anne
à DESQUESNES François, Ministre du Territoire, des Infrastructures, de la Mobilité et des Pouvoirs locaux
La fin de l'artificialisation des terres à l'horizon 2050 amène le Gouvernement à revoir sa stratégie territoriale : si la Wallonie veut disposer d'une réserve suffisante pour accueillir à l'avenir les grands projets industriels, elle doit sortir d'une conception axée sur le développement sous-régional au profit d'une vision régionale globale, structurée autour de zones prioritaires concentrant la demande de nouvelles implantations industrielles.
Ces zones sont aujourd'hui définies : zones de Tournai et de Mouscron, dans le Brabant wallon, le bas de Liège, Verviers et le sud de Charleroi, le reste du territoire régional voyant son développement futur se limiter aux territoires définis comme friches et rendus à l'activité industrielle, leur stock de terrains pouvant répondre aux développements économiques étant destiné à compenser l'artificialisation des zones prioritaires.
Compte tenu de la spécificité davantage rurale de la province du Luxembourg et de son plus faible niveau d'artificialisation, M. le Ministre peut-il nous préciser ce que cette politique de zones prioritaires induit sur un plan économique ?
Quelles seront les conséquences de cette nouvelle stratégie combinée à la loi sur la restauration de la nature, obligeant la Wallonie à disposer de 5 % de zones naturelles sur son territoire ?
Toujours dans la zone précitée, quelles sont les surfaces identifiées comme friches pouvant, dans ce scénario, être destinées à une activité nouvelle, en termes de superficie et de localisation ?
Réponse du 15/12/2025
de DESQUESNES François
La Déclaration de politique régionale ambitionne de soutenir un développement économique résilient pour la Wallonie. Elle prévoit en ce sens de déployer d’ici 2030, 15 millions de m², pour favoriser la réindustrialisation et la création d’emplois sur notre territoire. Pour ce faire, le Gouvernement entend renforcer la disponibilité des terrains en travaillant prioritairement sur la valorisation des friches stratégiques, au travers de partenariats publics privés, mais également en déployant un plan d’activation de nouveaux parcs d’activités économiques et en renforçant l’équipement des parcs existants, tout en assurant une utilisation parcimonieuse et optimisée des sols et en préservant les terres agricoles.
La Cour des comptes avait remis en mars 2023 un audit cinglant sur la politique d’accueil des activités économiques. La Cour y dénonçait notamment l’absence de stratégie régionale et la dissémination des moyens régionaux.
C’est pourquoi une réforme du décret du 2 février 2017 relatif au développement des parcs d’activités économiques s’impose, elle-même précédée d’une vision stratégique s’inscrivant dans une trajectoire tenant compte de la réduction de l’artificialisation des sols d’ici 2050 et de la nécessaire réindustrialisation du territoire.
Pour rappel, l’Administration a désigné un consortium de consultants emmené par IDEA Consult en vue d’élaborer pour la première fois une stratégie en la matière à l’échelle régionale.
Les premiers résultats de la mission confiée à IDEA Consult ont été présentés aux opérateurs de développement économique le 15 octobre 2025 et, ensuite, mis en débat avec les mêmes opérateurs lors d’ateliers qui se sont tenus le 5 novembre 2025. Une note d’orientation stratégique sera dès lors soumise prochainement au Gouvernement tenant compte des travaux et consultations en cours.
S’en suivra la rédaction d’un avant-projet de décret au premier semestre de l’année 2026, lequel sera présenté au Parlement au deuxième semestre 2026.
Entre-temps, la situation de la saturation d’un certain nombre de parcs d’activités économiques est bien connue. Tant la CPDT qu’IDEA Consult constatent toutefois que la pénurie de terrains correctement équipés n’est pas similaire d’un territoire à l’autre.
Au vu des zones de tension, cela renforce la pertinence de développer une approche territoriale dépassant l’échelle des sous-régions et, singulièrement, l’échelle d’intervention des intercommunales. En cela, l’élaboration d’une stratégie régionale organisant et structurant le déploiement de l’économie sur le territoire fait totalement sens.
À titre exemplatif, le consultant propose d’activer du foncier supplémentaire en pleine terre pour corriger les inéquités territoriales au vu des « zones en tension », c’est-à-dire en situation de saturation qui ne disposent pas de friches propices à accueillir de l’activité économique.
De surcroît, il y aura lieu de favoriser l’intensification des usages économiques au sein des parcs d’activités là où ils sont d’ores et déjà consacrés. La réduction de l’artificialisation des sols passera inévitablement aussi par un usage plus sobre du foncier grâce, notamment, à la remobilisation d’espaces inoccupés, la densification d’occupation, la verticalisation des constructions, la mutualisation des équipements et à l’activation du marché de seconde main dans les zones d’activités économiques afin de récréer de l’offre en foncier économique sur l’existant.
Ainsi, se plaçant volontairement à l’échelle régionale pour maximiser le potentiel foncier du territoire wallon de manière responsable et durable, la proposition de nouvelle stratégie ne fera pas fi des spécificités territoriales et, singulièrement, des particularités du territoire de la Province de Luxembourg.
La stratégie de réindustrialisation du territoire se veut donc réaliste et pragmatique. Elle intégrera aussi d’emblée les enjeux liés à la préservation des terres agricoles et au renforcement de la protection de la biodiversité.
En effet, d’un côté, la densification des parcs d’activités existants et l’intensification de l’usage économique dans les périmètres valorisables sont des éléments essentiels de la stratégie en projet afin de limiter la création de nouveaux espaces en pleine terre.
D’un autre côté, le réservoir des friches doit être largement remobilisé pour un tiers à la fonction résidentielle, pour un tiers à la fonction économique et pour un tiers à la sauvegarde de la nature. Très souvent, malgré l’artificialisation du site, une friche s’est vue recolonisée par la nature de telle sorte qu’il est préférable d’y consacrer définitivement sa fonction dédiée à la conservation de la nature rejoignant en cela l’objectif de 5 % du territoire mis sous statut de protection élevé en exécution de la Stratégie de l’Union européenne en faveur de la biodiversité.

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